Reprendre une entreprise peut être plus sûr que créer de zéro. Le concept est validé, la clientèle existe déjà et l’outil de production tourne. Pourtant, le financement reste l’étape la plus sensible. Réussir une reprise consiste rarement à trouver une unique source d’argent. Il s’agit plutôt d’un montage équilibré, combinant fonds propres, dettes, aides et dispositifs spécifiques.
Comprendre d’abord ce qu’il faut financer
Un plan de financement de reprise ne couvre pas seulement le prix payé au vendeur. Il doit intégrer :
• le prix d’acquisition des titres ou du fonds de commerce
• les frais liés à l’opération: avocats, expert-comptable, audits, droits d’enregistrement
• le besoin en fonds de roulement pour sécuriser la trésorerie au démarrage
• les investissements à réaliser après la reprise: modernisation, travaux, outils numériques
Sous-estimer la trésorerie et le BFR est l’une des principales causes d’échec. Mieux vaut prévoir large que manquer de souffle au moment critique.
Les principales solutions pour financer une reprise
1. L’apport personnel et les capitaux propres
Les banques demandent souvent un apport compris autour de 20 à 30 pour cent du projet. Il peut provenir de l’épargne personnelle, d’associés entrants ou d’investisseurs. Dans les reprises structurées via une holding, l’apport sert à déclencher un emprunt qui sera remboursé grâce aux dividendes de la société reprise.
Des investisseurs privés, fonds régionaux ou family offices peuvent intervenir lorsque l’entreprise est plus importante.
2. Les prêts d’honneur
Les prêts d’honneur jouent un rôle clé car ils renforcent les quasi-fonds propres, sans garantie personnelle et souvent à taux zéro. Les réseaux Initiative France et Réseau Entreprendre sont parmi les plus connus. En plus du financement, ils apportent un accompagnement et un effet de levier auprès des banques.
3. Les prêts bancaires classiques
Ils constituent généralement la plus grosse part du financement. Leur octroi repose sur la capacité de remboursement de l’entreprise, la stabilité des résultats et la crédibilité du repreneur. Les établissements apprécient particulièrement les dossiers accompagnés par un expert-comptable et adossés à des garanties publiques.
4. Les dispositifs publics et garanties
Bpifrance propose notamment le Prêt Transmission ainsi que des garanties sur les prêts bancaires. Dans l’artisanat et le commerce, la SIAGI peut également garantir des financements. De nombreuses Régions disposent en parallèle de fonds dédiés aux transmissions d’entreprises.
L’intérêt de ces outils: réduire le risque pour la banque et faciliter l’accès au crédit sans multiplier les cautions personnelles.
5. Le crédit vendeur et l’earn-out
Le crédit vendeur permet d’échelonner une partie du prix directement avec le cédant. L’earn-out, lui, conditionne une part du prix aux performances futures. Ces mécanismes rapprochent souvent les positions et sécurisent la trésorerie du repreneur, à condition d’être rédigés avec précision par un avocat.
6. Les solutions complémentaires
Le financement participatif, la dette mezzanine ou les investisseurs privés peuvent compléter le montage, selon la taille du projet. Dans une reprise par les salariés, les mêmes outils financiers sont mobilisables, combinés à un apport collectif.
Construire un montage cohérent
Pour bâtir un financement solide, une démarche méthodique s’impose:
- réaliser un diagnostic approfondi de l’entreprise cible
- chiffrer l’intégralité du besoin: prix, frais, BFR, investissements
- simuler plusieurs scénarios de financement et tester la capacité de remboursement
- structurer un prévisionnel réaliste sur 3 à 5 ans
- solliciter les réseaux d’accompagnement, les banques et les organismes publics
- négocier les taux, la durée, les garanties et les clauses clés
Les erreurs à éviter
Deux erreurs reviennent souvent: croire qu’on peut tout financer à crédit et négliger la trésorerie post-reprise. Un apport insuffisant fragilise le dossier. Une évaluation trop optimiste des revenus futurs peut rendre le remboursement intenable. Enfin, mener le projet sans expert-comptable, sans avocat et sans réseau d’accompagnement augmente fortement le risque.







