Choc tarifaire : les exportateurs suisses face au mur des 39 %

Choc tarifaire : les exportateurs suisses face au mur des 39 %

La Suisse a été frappée de plein fouet par une mesure commerciale inattendue : les États-Unis ont annoncé l’application d’un tarif douanier de 39 % sur une large part de ses exportations à compter du 7 août 2025. Cette décision, décrite comme unilatérale et brutale par les autorités helvétiques, provoque une onde de choc dans les milieux économiques, notamment dans les secteurs pharmaceutique, horloger et mécanique, très dépendants du marché américain.

Un tarif d’une ampleur inédite

Le taux de 39 % dépasse de loin celui appliqué à d’autres partenaires commerciaux. Là où l’Union européenne ou le Japon voient leurs produits taxés autour de 15 à 20 %, la Suisse subit le taux le plus élevé parmi les pays visés par la nouvelle offensive tarifaire américaine. Ce déséquilibre est perçu comme un signal politique autant qu’économique, dans un contexte de tensions commerciales et de pressions sur les déséquilibres commerciaux bilatéraux.

Un partenaire clé menacé

Les États-Unis représentent le premier débouché commercial de la Suisse, avec environ 60 à 65 milliards de francs suisses d’exportations annuelles. Les produits pharmaceutiques pèsent à eux seuls près de 60 % de ces échanges, suivis des montres, machines-outils, composants de précision, chocolats et produits alimentaires. Même si certains biens comme les médicaments ont pour l’instant été exemptés, l’incertitude règne sur leur avenir tarifaire.

Réactions alarmées des exportateurs suisses

Du côté des industriels, le ton est ferme et l’inquiétude palpable. Swissmem, la Fédération de l’industrie mécanique, et la Fédération de l’industrie horlogère ont qualifié ces mesures de « prohibitives » et de « coup dur potentiellement irréversible ». De nombreux groupes emblématiques, comme Rolex, Swatch Group ou Patek Philippe, redoutent une baisse brutale des ventes et une perte d’attractivité durable face à des concurrents européens ou asiatiques non concernés.

Les montres suisses, en particulier, sont directement dans la ligne de mire : en 2024, elles représentaient 16,8 % des exportations helvétiques vers les États-Unis, soit près de 4,4 milliards de francs. Un tarif de 39 % ferait mécaniquement grimper les prix pour le consommateur final, impactant fortement la demande dans un marché déjà saturé et sensible à la fluctuation des prix.

Scénarios d’adaptation en cours

Face à ce choc commercial, plusieurs stratégies sont à l’étude dans les entreprises suisses :

  • Répercuter partiellement la hausse tarifaire sur les prix de vente
  • Détourner les flux logistiques via des pays partenaires non ciblés
  • Développer de nouveaux marchés en Asie ou au Moyen-Orient
  • Accroître les ventes sur le marché secondaire ou les circuits d’occasion
  • Relocaliser une partie de la production à l’étranger pour contourner les droits de douane

Principaux secteurs suisses affectés

SecteurPart dans les exportations vers les USAVulnérabilité au tarif
Pharmaceutique≈ 60 %Faible à court terme (exemption temporaire)
Horlogerie≈ 17 %Très élevée
Mécanique et machines-outils≈ 10 %Élevée
Produits alimentaires et luxe≈ 5 %Moyenne

Une réponse politique sous pression

Le gouvernement suisse a exprimé son « profond regret » et a immédiatement sollicité des négociations bilatérales. Bern dénonce une mesure contraire à l’esprit de coopération commerciale en cours de discussion entre les deux pays. Une délégation est attendue à Washington avant l’entrée en vigueur officielle du tarif le 7 août, dans l’espoir d’obtenir un ajustement ou une exemption partielle.

Mais le temps presse, et la perspective d’un accord rapide semble compromise par l’agenda politique américain et les motivations électorales derrière cette mesure. Le secteur exportateur suisse, en attendant, retient son souffle face à ce qui s’annonce comme l’un des plus grands défis commerciaux de la décennie.

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