Les nouveaux tarifs douaniers imposés par les États-Unis début août 2025 ont déclenché une onde de choc à travers le globe. Alors que certains pays asiatiques se félicitent d’avoir évité le pire, l’Europe, le Canada et la Suisse dénoncent une politique commerciale jugée agressive et déséquilibrée. Cette disparité de traitement alimente les tensions diplomatiques et redistribue les cartes du commerce mondial.
Des concessions stratégiques pour l’Asie du Sud-Est
Face à la perspective d’un tarif pouvant atteindre 49 %, plusieurs nations d’Asie du Sud-Est dont la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et le Cambodge, ont négocié avec Washington pour obtenir des taux plus modérés, entre 19 % et 20 %. Ces niveaux, bien que non négligeables, ont été salués comme une garantie minimale de compétitivité et une opportunité de préserver des dizaines de milliers d’emplois industriels.
Cette approche pragmatique a permis à ces pays de limiter les dommages économiques immédiats, tout en maintenant leurs chaînes d’approvisionnement intactes. Dans certains cas, les discussions portaient sur des engagements renforcés en matière de transparence douanière et de lutte contre le dumping.
Accords bilatéraux spécifiques : le cas du Japon, de la Corée et de Taïwan
D’autres alliés stratégiques des États-Unis ont obtenu un traitement préférentiel sous conditions. Le Japon a vu ses produits exposés à un tarif plafonné de 15 %, mais continue de revendiquer une exemption pour ses exportations automobiles premium. Le Premier ministre Ishiba a qualifié ces mesures de “temporaires et insatisfaisantes”.
La Corée du Sud, de son côté, a signé un accord majeur : un tarif également limité à 15 % en échange de plus de 350 milliards $ d’investissements industriels américains. Cette annonce a été bien accueillie par les marchés coréens, qui craignaient des mesures punitives.
Quant à Taïwan, les autorités ont obtenu un taux fixé à 20 %, tout en exprimant leur volonté d’approfondir les négociations commerciales pour atténuer davantage ces droits de douane.
Europe et Amérique du Nord : inquiétudes et crispations
À l’opposé, l’Union européenne a vu s’appliquer un tarif uniforme de 15 % sur une large gamme de produits. Bien que cette mesure soit moins sévère que redouté, elle n’a pas empêché les premières conséquences concrètes : plus de 99 entreprises cotées ont déjà annoncé une hausse des prix de vente sur le continent, en particulier dans les secteurs de l’agroalimentaire, de l’électronique et des biens de consommation.
Le Canada, touché par une taxe de 35 %, dénonce une absence de consultation et une remise en cause du partenariat commercial historiquement fort entre Ottawa et Washington. Le gouvernement canadien a convoqué l’ambassadeur américain et envisage une plainte auprès de l’OMC.
La Suisse subit l’un des traitements les plus durs, avec une taxation s’élevant à 39 %. Les exportateurs helvétiques, en particulier dans le secteur horloger et pharmaceutique, alertent sur un risque de perte de parts de marché aux États-Unis.
Mexique : un sursis de 90 jours pour éviter le choc
Le Mexique bénéficie d’un délai de 90 jours avant l’application effective des tarifs, dans le cadre de pourparlers intensifs entamés dès juillet. Cette fenêtre vise à sécuriser les investissements américains dans l’énergie et l’automobile, tout en évitant un choc économique brutal.
Résumé comparatif des tarifs appliqués
Pays | Tarif appliqué | Réaction ou accord |
---|---|---|
Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines | 19–20 % | Accords limitant les hausses tarifaires |
Taïwan | 20 % | Négociations supplémentaires envisagées |
Corée du Sud | 15 % | Investissements américains en échange |
Japon | 15 % | Critiques et pression pour exemptions |
Union européenne | 15 % | Hausses de prix annoncées, protestations |
Canada | 35 % | Réaction diplomatique et plainte possible |
Suisse | 39 % | Protestations du secteur exportateur |
Mexique | Délai de 90 jours | Négociations en cours |
Une redéfinition des équilibres commerciaux mondiaux
La stratégie américaine actuelle semble viser à segmenter ses partenaires entre alliés préférentiels, partenaires stratégiques et concurrents à contenir. Cette logique fragmentée, combinée à l’usage massif de la pression tarifaire, bouscule les certitudes de la mondialisation classique et ravive les tensions géoéconomiques.
À court terme, les pays ayant su engager rapidement le dialogue avec Washington semblent tirer leur épingle du jeu. En revanche, ceux qui subissent des hausses brutales sans mécanismes d’amortissement devront faire face à des ajustements coûteux, tant pour leurs entreprises que pour leurs consommateurs.